Histoire

Les guerres de conquête à Lombok et dans le sud de Bali (1894-1914)

L’indemnité de guerre

En 1894 les Hollandais lancèrent une vaste campagne militaire à Lombok, précédée de l’envoie d’un ultimatum au Rajah de Lombok, alors sous l’influence de Gusti Gede Djilantik, Rajah de Karangasem, allié des Hollandais. Les termes de cet ultimatum furent acceptés et le Rajah accepta de payer une « indemnité de guerre » d’un million de florins, dans un climat semble t-il apaisé.

L’indemnisation : une longue attente

L’armée pris position dans la capitale balinaise de Lombok, Mataram, et durant les semaines suivantes firent de nombreux défilés, en attendant le versement de l’indemnité promise. Rapidement des rumeurs de dissensions entre les princes balinais et le vieux Rajah se firent entendre, les Balinais eux-mêmes se montrant moins amicaux. Les princes interrompirent leurs visites au camp hollandais, jusqu’au jour où le marché voisin fut déserté. Les Hollandais se préparèrent à la défense.

La défense Hollandaise

Cette nuit là, les hollandais essuyèrent un feu nourri tiré depuis le Palais et les maisons entourant le camp. Au matin, du troisième jour de résistance, ils se retranchèrent vers la mer, laissant sur le champ de bataille une centaine de morts et près de trois cents blessés. Parmi les morts figure le Général Van Hamme, second en commandement. Les prisonniers furent traités avec un grand respects, nourris de riz blanc et de jus de coco, les blessés furent soignés et leurs bandages régulièrement changé. Après un séjour au Palais, ils furent relâchés, porteurs d’une lettre signée par le Prince expliquant son geste comme témoignage de son amitié et preuve de sa volonté de mettre un terme aux hostilités. Mais cette lettre fut ignorée par le commandement en chef hollandais, et l’armée décimée établit un nouveau camp fortifié contre la plage.

Les débuts d’une contre-offensive

Lorsque la nouvelle de la défaite atteignit Java puis la Hollande, la presse s’indigna de la « sinistre traîtrise » des Balinais. Immédiatement, de larges renforts d’homme et d’artillerie lourde furent envoyés de Java. De nouvelles fortifications furent érigées, et les Sasaks, ethnie de Lombok traditionnellement fidèle aux Balinais, furent contraints de combattre aux côtés des Hollandais. La contre-offensive débuta sur la capitale, l’armée bombardant tous les villages sur la route, et brûlant ce qui restait debout après les pillages effectués par les Sasak. Mataram et Tjakra Negara, les deux résidences des Princes, furent prises, et les hollandais y détruirent arsenaux et greniers à riz. De nombreux habitants préférèrent le suicide rituel plutôt que de tomber entre les mains des soldats. Une fois occupée, l’ordre fut donné de raser la ville. Le travaille de destruction prit près d’un mois. Le prince Anak Agung Ketut, le plus grand ennemi des Hollandais, fut exécuté. Son père, le vieux Rajah, fut exilé à Batavia, où il préféra se laisser mourir. Ainsi prit fin la domination balinaise sur Lombok. Cette conquête coûta la vie coûta 214 vies hollandaises, en blessant 476 autres, dont 246 moururent de maladies et de fatigue.

Gianyar, une province à protéger

A Bali, l’agitation politique et militaire battait son plein. Les Etat alliés de Badung, Klunkung et Bangli partirent en guerre contre Gianyar. En 1900, le puissant prince d’Ubud, Tjokorde Gede, joua de toute son influence pour pousser le Rajah de Gianyar à demander l’aide hollandaise contre la coalition. Une armée fut immédiatement dépêchée pour protéger Gianyar, qui fut par la même occasion annexé par les Hollandais.

Le début d’une longue lutte

En mai 1904, une goélette de commerce chinoise, le Sri Koemala, en provenance de Borneo, s’échoua sur la côte de Sanur, dans le sud de Bali. Le navire fut pillé, et le propriétaire du navire en appela à la responsabilité du gouvernement hollandais, lui demandant une indemnité de trois mille dollars d’argent et la condamnation des coupables. Une ambassade officielle fut envoyée au Rajah de Badung, Anak Angung Made, qui la rejeta. L’affaire traîna durant deux années, avant que les Hollandais, devant l’incapacité du Rajah à verser la somme, n’ordonnent le blocage des exportations et importations du royaume de Bandung, ainsi que sa coopération dans la matérialisation de ses frontières. Tous les princes de Bali encore indépendants refusèrent la fermeture des frontières. Ce fut le début de la lutte pour la suprématie entre les Hollandais et les Rajah de Bali. Le peuple, dans sa grande majorité, y resta indifférent, considérant qu’un changement de maître n’aurait pour seule conséquence que le remplacement d’un percepteur de taxes par un autre.

Le combat, le temps d’une journée

A la fin de l’année 1906 le Rajah rejeta définitivement la demande d’indemnité, et le 15 septembre une large expédition militaire débarqua à Sanur, à seulement quelques kilomètres de Denpasar, capitale du royaume de Badung. La population demeura indifférente à la présence des soldats, sous l’influence des Brahmanes pacifiques, peu concernés par les querelles de Rajahs. Le lendemain, un détachement de Balinais venant de Denpasar et armés de lances d’or fit une attaque surprise. Le combat dura toute la journée. Une poignée de soldat Hollandais périt, alors que des centaines de Balinais perdirent la vie dans un combat inégal, et le soir les forces balinaises étaient poussées à la retraite. Les Hollandais contre-attaquèrent les jours suivants en direction de Denpasar. Chaque village leur résista, pourtant l’armée trouva le Palais de Kesiman, en bordure de la ville, totalement désert. Les soldats eurent la surprise d’y découvrir deux canons de bronze napoléoniens, datant de 1813 et portant l’initiale « N », ainsi qu’une collection de mousquets de 1620.

L’armée hollandaise à Bali

Tôt le matin du 20 septembre, la marine hollandaise bombarda Denpasar, détruisant en partie le Palais et les maisons des Princes, et déclenchant un important incendie. La population pris la fuite, laissant le Rajah à la tête de seulement deux mille hommes. Peu après le bombardement, l’armée pris position devant la ville. Le Rajah organisa ses forces en prévision d’une offensive frontale par la porte principale du Palais coté sud, comme l’aurait voulu l’étiquette militaire, mais l’armée hollandaise attaqua par le nord. Les soldats furent pris de frénésie, et tout ce qui avait de la valeur fut détruit, le Palais lui-même fut incendié.

L’armée hollandaise à Bali

Le Rajah, voyant sa cause perdue, proposa à ses fidèles de le suivre dans un dernier combat, le « Puputan ». Mourir au combat était la seule issue digne de son rang, évitant ainsi le déshonneur d’un exil à Batavia, comme le roi de Lombok, et d’une fin loi de ses terres, sans possibilité de crémation. Le Rajah, ses généraux et toute sa cour, hommes et femmes, se tinrent prêt, parés de leurs plus riches vêtements et armés de leurs kriss d’or rituels.

A neuf heures du matin, l’incroyable procession quitta le Palais, menée par le Rajah se tenant sur les épaules d’un de ses hommes, protégé par son ombrelle d’or royale et tenant de sa main droite son kriss d’or et de diamant. Il précédait une troupe d’hommes silencieux et de femmes en transe. Même des enfants se joignirent à la troupe, armés de kriss et de lances. La troupe hollandaise n’était qu’à quelques centaines de mètres. Le commandant hollandais leur donna l’ordre de stopper leur avancée. Des interprètes Balinais de Buleleng les enjoignirent à s’arrêter, mais le Rajah et sa suite n’en marchèrent que plus vite.

Arrivés à une cinquantaine de mètres de l’ennemie, ils se lancèrent dans une course effrénée, brandissant leurs armes. Les soldats tirèrent une première salve. Quelques Balinais tombèrent, par mis eux le Rajah. Le reste de la procession poursuivi, et les soldats firent feu à volonté. Les Balinais s’effondrèrent en vagues successives. Le massacre à peine terminé, un deuxième cortège, mené par le frère du Rajah, un enfant de douze ans, fit face au soldat. A nouveau, ordre leur fut donné de stopper, et à nouveau, ils se lancèrent sur les Hollandais, en y perdant tous la vie.*

Les troupes Néerlandaises en marche vers Denpasar en 1906

La route jusqu’au Palais était libre désormais, jonchée des cadavres de centaines de membres de la Cour. Un seul soldat Hollandais était mort, un sergent poignardé par une femme.

L’après midi du même jour, l’armée hollandaise attaqua le Palais voisin du Rajah de Pemetjutan, mais la troupe fut accueillie par des tirs d’artillerie, causant quelques pertes. A côté du Palais, un autre Puputan se déroula. Le Rajah, vieux et à moitié fou, fit une sortie pour affronter les Hollandais, suivi de toute sa Cour. A nouveau, aucun Balinais ne survécu à la charge. Le Palais royal, dernier obstacle à la conquête de Badung, était occupé. Mais cette victoire eue sur le moral des soldats hollandais des effets dévastateurs.

Quelques jours après, le Rajah de Tabanan, Gusti Ngurah Agung, demanda à s’entretenir, accompagné de son fils, avec le Résident, représentant du Gouvernement hollandais. En signe de soumission, il portait à la place de la traditionnelle ombrelle d’or une ombrelle en étoffe verte. Il proposa sa rédition, à condition qu’il lui soit permit de conserver son titre et d’obtenir les mêmes droits que les Rajahs de Gianyar et Karangasem. Le résident Liefrink lui répliqua froidement qu’il serait déporté jusqu’à ce que sa requête est reçue une réponse officielle du gouvernement. Il serait escorté jusqu’à son Palais pour la nuit, et embarqué sur un bateau à destination de Lombok dès le lendemain. Le matin suivant, les corps du Rajah et de son fils furent retrouvés au Palais. Son fils avait succombé d’une overdose d’opium, alors que son père s’était tranché la gorge à l’aide d’un couteau Sirih émoussé. C’est ainsi que le royaume de Tabanan tomba sous le joug hollandais.

Deux années plus tard, seul le Rajah de Klunkung demeurait indépendant, mais il fut qualifié d’ « insolent » par les Hollandais, et une nouvelle fois l’histoire de Lombok, Denpasar et Pemetjutan se répéta. Une force armée fut envoyée pour le punir et un autre vaste Puputan se déroula dans l’artère principale de Klunkung. Le plus grand des Rajah de Bali fut tué, ainsi que l’ensemble de sa famille.

L’armée hollandaise stationna à Bali jusqu’en 1914, moment où le gouvernement considéra que la résistance balinaise était suffisamment contrôlée pour que les militaires soient remplacés par la police. Les Hollandais réorganisèrent dès lors le gouvernement local en fonction du déroulement de la conquête : ceux qui s’étaient soumis, Gianyar et Karangasem, furent autorisés à maintenir les droits détenus sur la population de leur royaume. Les descendants des anciens Rajahs, désormais « Régents », étaient responsables devant le Gouvernement de leur dépendants, ainsi que de la levée des taxes. Chaque Régent était supervisé par un Contrôleur hollandais, supposé agir en tant que « grand frère », et dont les ordres était qualifiés de « recommandations ».