Spiritualité

Temples de Bali

Les temples domestiques

L’unité cultuelle de base à Bali est le temple domestique (“sanggah” ou “pemerajan” dans les castes supérieures). Il comprend de nombreuses constructions en bambou ou en briques. La plus importante est la Sanggah Kamulan ou chasse des origines, dédiée au culte des ancêtres. Elle est constituée de trois parties: les deux extrêmes sont consacrées aux ancêtres masculins et féminins, celle du milieu au Dieu du soleil (Batara Guru, avatar de Siwa), considéré comme le pré-ancêtre mythique, et qui permet à la partie de la famille encore sur terre d’entretenir des relations avec celle qui est déjà auprès des Dieux.

Non loin de la Sanggah Kamulan se trouvent les colonnes sacrificielles à Ngrurah, protecteur du terrain et du sol, et Taksu, messager des Dieux et médiateur entre les Dieux et les hommes. Une autre chasse est consacrée au Seigneur du Gunung Agung. Les temples domestiques sont rattachés au temple central où sont vénérés les ancêtres de la famille élargie (“Pura Kawitan”) ainsi qu’au temple des ancêtres du clan (“Pura Dadia”).

Les temples extérieurs

Leurs places dans la culture Balinaise

Au sommet d’une falaise face à l’océan ou perchés en haut d’une montagne, à la sortie d’un village ou perdus au milieu des rizières, les temples sont partout à Bali. A tel point qu’ils semblent avoir été toujours là, imperturbables et inamovibles, comme inscrits dans la nature. Lieux de culte et de prière mais aussi lieux sociaux et d’échange, ils cimentent la communauté balinaise et revêtent une importance capitale dans le rythme et l’équilibre de leur vie quotidienne. L’hindouisme balinais se caractérise par un mélange d’hindouisme indien et de traditions animistes ancestrales. Chaque village possède au moins trois temples, chacun étant dédié à une divinité différente.

  • Le Pura Puseh, est le temple des origines et est dédié à Brahma. Il est situé coté Kaja du village, c’est-à-dire en direction du mont Agung, la montagne la plus sacrée de Bali.
  • Le Pura Desa, souvent au centre du village, est dédié aux affaires de ce monde et au Dieu Vishnu, le Dieu protecteur.
  • Le Pura Dalem enfin, côté Kelod, c’est-à-dire vers la mer, le monde des démons et des esprits maléfiques.  C’est le temple des Morts et de Shiva, le Dieu de la destruction.

L’architecture Balinaise

Les temples balinais ne possèdent pas de statue des Dieux et Déesses vénérés dans une enceinte sacrée, mais un sanctuaire composé d’un parvis à ciel ouvert délimités et entourés par un mur. On y trouve plusieurs édifices de pierre, où descendent les divinités à l’occasion de certaines cérémonies. Il s’agit de sièges ou de niches vides, et de tours ressemblant à des pagodes. Les tours (“Meru”) comportent toujours un nombre impair d’étages et représentent le Mont Meru de la mythologie hindoue. L’essentiel dans les temples balinais est cette enceinte sacrée. Ils sont le prolongement des sanctuaires indonésiens pré-hindous, où Dieux et Ancêtres divinisés résidaient dans des mégalithes dressés au centre de l’espace sacré.

Leur place dans les villages n’est pas le fruit du hasard, leur architecture et leur agencement répondent aussi à une volonté d’être en harmonie avec les lois du cosmos telles que décrites dans l’hindouisme balinais. Ainsi, comme ses sœurs les églises chrétiennes dont le chœur et l’abside sont traditionnellement orientés vers l’est, la direction du soleil levant, les temples balinais sont tous orientés vers le mont Agung, la montagne sacrée. Construits en briques ou en pierre volcanique,  ils se divisent généralement en trois parties suivant l’axe directionnel mer/montagne.

  • Le Jaba : Orientée vers la mer, c’est la partie la plus basse du temple. Lieu de réunion, elle est consacrée aux activités profanes telles que les jeux, les combats de coqs et les pique-niques.
  • Le Jaba Tengah : C’est la cour centrale du temple, entre la mer du Kelod  et la montagne du Kaja, entre démons et dieux…Sous les bale, ces petits abris légèrement surélevés et couverts d’un toit de tuiles ou de chaume, les femmes confectionnent les offrandes qui serviront lors de la cérémonie. On y cuisine aussi, et des cérémonies secondaires peuvent y avoir lieu.
  • Le Jeroan : Orientée vers le Kaja, le mont Agung, c’est la cour la plus sacrée du temple. Une grande porte, kori agung en indonésien,  sépare la cour intermédiaire du jeroan. Elle délimite aussi le monde des hommes du monde des Dieux. C’est l’endroit où l’on prie et où l’on dépose les offrandes. Des autels et des meru, ces étranges structures en bois avec ces toits de chaumes noirs empilés les uns sur les autres en direction du ciel, occupent l’espace. Ces meru symbolisent la montagne des Dieux et l’axe du monde dans la religion hindoue. Plus ils comportent d’étages, toujours impairs, et plus ils sont sacrés.

Les réseaux de temples

Les villages enserrés entre de nombreux temples

Les villages sont eux-mêmes enserrés dans un réseau de temples plus importants appelés Kahyangan Tiga: le temple des origines ou “Pura Puseh”, placé du coté Kaja et permettant le contact avec les êtres divinisés, le temple du Conseil ou “Pura Bale Agung”, dédié aux affaires de ce monde, au centre, et le temple des Morts ou “Pura Dalem”, du cote Kelod, établissant le contact avec les êtres chtoniens (pour les divisions Kaja/Kelod, cf “Le cosmos, ses subdivisions et son ordre”). Les temples royaux possèdent deux autres sanctuaires absents des temples domestiques: le temple d’Etat ou “Pura Penataran”, destine à maintenir la prospérité du royaume, et le temple des Ancêtres ou “Prasada”, lieu de contact avec les membres divinisés de la dynastie.

Les célébrations et les neufs temples les plus importants

Chaque année, les balinais célèbrent l’anniversaire de la fondation du temple, qui a lieu tous les deux cent dix jours selon le calendrier hindouiste Pawukon. Cette cérémonie, appelée Odalan, est l’occasion d’une grande fête mêlant gamelan et danses traditionnelles balinaises.

Les temples directionnels, les Kahyangan Jagat, et les temples de la mer possèdent une place à part à Bali et n’appartiennent à aucune communauté ou aucun village en particulier.

1) Pura Luhur Uluwatu (Sud)

Le Pura Luhur Uluwatu à l’extrémité sud de la péninsule de Bukit est accroché au sommet d’une falaise à plus de soixante-dix mètres au-dessus du niveau de la mer, offre une vue à couper le souffle sur l’océan à perte de vue. Le soir au coucher du soleil, on pourra assister à un spectacle de kecak avec ces hommes littéralement en transe autour du feu. D’autres résidents en pension complète montent la garde sur le site, ce sont les macaques, qui ont fait du temple et des alentours leur terrain de jeu favori ! Rien à craindre de la part de ces primates, sinon de se faire dérober une paire de lunettes de soleil à la sauvette… !

2) Pura Tanah Lot (Sud)

Autre temple dédié aux divinités de la mer et hautement fréquenté, le Pura Tanah Lot, situé à 45 minutes au nord de Seminyak, fait partie des plus beaux temples de Bali. Erigé sur un rocher accessible uniquement à marée basse, le temple de Tanah Lot jouit d’un cadre extraordinaire. Malheureusement, l’énorme fréquentation du lieu et la multiplication des boutiques de souvenir tout le long du chemin qui mène au temple brise un peu le charme. Il est donc préférable de le visiter très tôt le matin, avant l’arrivée massive des cars de touristes.

3) Pura Luhur Lempuyang (Est)

Bien moins fréquenté est le Pura Luhur Lempuyang, situé près de Tirta Gangga, à l’est de Bali. Ce ne sont pas moins de mille sept cents marches qu’il faut  gravir pour atteindre le temple le plus haut et le plus sacré du complexe. Mais sans nécessairement monter jusque tout là-haut, la visite du Pura Penataran Agung Lempuyang situé sur les flancs du mont Lempuyang vaut largement le détour. On pourra observer ces magnifiques escaliers et ces énormes dragons sculptés qui serpentent le long des marches. En haut, trois majestueux portails blancs – paduraksa – marquent la séparation entre la cour intermédiaire du temple, le jaba tengah, et le jeroan. Ils séparent le monde profane du monde sacré.

4) Pura Besakih (Est)

A quelques dizaines de kilomètres de là, sur les flancs du mont Agung se dresse le plus grand et le plus vénéré des temples balinais : le Pura Besakih. Il s’agit en réalité d’un véritable complexe, abritant pas moins de vingt-trois temples. Dédié aux trois Dieux de la religion hindoue Brahma, Vishnu et Shiva, il accueille chaque année des dizaines de cérémonies et des milliers de pèlerins. Le Pura Penataran Besakih, temple le plus sacré du complexe, est érigé sur un très ancien sanctuaire précédant l’introduction de l’hindouisme sur l’île.

5) Pura Gunung Kawi (Centre)

A quelques kilomètres au nord d’Ubud, dans le village de Tampaksiring, se situe l’un des plus vieux sanctuaires de Bali, le temple de Gunung Kawi. Un long escalier, qui descend au milieu des rizières en terrasse, permet d’accéder au site. A proximité du temple, on pourra admirer ce majestueux mausolée, regroupant les sépultures du roi Anak Wungsu, de sa famille et de ses concubines. A l’abri dans des niches de sept mètres de haut creusées à même la falaise, cinq autels sculptés dans la roche font face à quatre autres, séparés par la rivière Pariksan. Un sanctuaire unique à ne pas rater.

6) Pura Tirta Empul (Centre)

Tout près de là, un autre temple, célèbre pour ses sources sacrées, attire de nombreux balinais qui viennent s’y baigner pour se purifier. Il s’agit du Pura Tirta Empul, construit en 962. Ces jardins à la végétation luxuriante, ces statues et ces bassins qui ornent le lieu lui confèrent une atmosphère calme et paisible. Et cette fois, pas de marches à remonter !

7) Pura Ulun Danu Bratan (Centre)

Autre temple de l’eau, le Pura Ulun Danu Bratan attire chaque année son lot de visiteurs et de touristes, y compris indonésiens, curieux d’observer ce temple qui semble émerger de l’eau. Construit en 1633 sur les bords du lac Bratan au nord de Bali, ce complexe est dédié à Dewi Danu, la déesse de l’eau dans l’hindouisme balinais. Le temple le plus célèbre, celui qui émerge à la surface du lac, orne les billets de 50 000 roupies indonésiennes, ce qui n’a fait qu’accroître sa notoriété !

8) Pura Luhur Batukaru (Centre)

Bien moins fréquenté et perdu au milieu de la jungle dans un cadre magique, le Pura Luhur Batukaru respire le calme et la sérénité. Fondé au XIème siècle dans la région de Tabanan, il constitue l’un des neuf temples directionnels de Bali. Ni boutiques ni échoppes ici, et pas plus de touristes, mais le seul chant des oiseaux et la beauté du lieu pour se recueillir et se ressourcer parmi ces quelques balinais venus prier Mahadewa, le dieu du mont Batukaru.

9) Pura Taman Ayun (Centre)

Non loin de là, dans le village de Mengwi à l’ouest d’Ubud, se dresse le Pura Taman Ayun. Construit au milieu du XVIIème, ce temple, le plus grand après celui de Besakih, est entouré de larges douves couvertes de nénuphars. On pourra y admirer ces magnifiques meru, qui possèdent parfois jusqu’à onze toits, ou cette majestueuse paduraksa en briques, qui marque l’entrée dans le jeroan, la cour la plus sacrée du temple.

Temple Bali trip design watercolor

Evidemment la liste est loin d’être exhaustive, et le nom de « l’île aux mille temples » qu’on attribue parfois à Bali n’est pas usurpé tant ils sont présents un peu partout sur l’île. La plupart du temps, l’entrée est gratuite, sauf pour les plus connus et les plus fréquentés. En revanche, il est d’usage d’effectuer une donation de quelques milliers de roupies, afin de participer à l’entretien du lieu.